La deuxième partie de la lettre est d’un genre  différent. Nous avons gambergé pour essayer de trouver des solutions aux problèmes repérés. L’idée n’est pas de vous fournir du clef en main, mais juste de montrer qu’il existe  des pistes  Si l’on prend le temps de réfléchir de manière collaborative, elles s’imposent comme des évidences.

1. DĂ©roulez le tapis rouge Ă  vos auteurs

Pour innover, il faut accepter de remettre en question tant ses certitudes que ses manières de faire et de penser.  Alors faisons table raz du mépris repéré pour les auteurs. Au contraire, considérons qu’ils sont votre ressource principale et que donc vous devez leur dérouler le tapis rouge.

Vu l’époque, on peut considérer que ce tapis est tissé de manière numérique. Il se résume à un formulaire ergonomique permettant à l’auteur d’envoyer son manuscrit sans dépenser d’argent. Nom, prénom, présentation de l’auteur, du manuscrit, cases thématiques… Il est pensé pour que toutes les informations utiles s’affichent rapidement.

Le premier atout serait de diminuer le temps de traitement en centralisant dans la même interface tous les manuscrits.  L’interface permettrait de tourner les pages et visualiser tous les projets. Un système d’identificateur permet aux différentes collections de visualiser les projets susceptibles de les intéresser.

Et pourquoi ne pas rendre public ce dispositif et ajouter des liens qui permettraient aux auteurs d’indiquer qu’ils ont déposé leur œuvre chez vous.  Le premier point positif est que les auteurs assureront alors votre communication.

Vu que l’affaire n’a pas été expérimentée, on peut tout imaginer. Le meilleur comme une réorganisation de l’envoi des manuscrits au pire la création d’un flux impossible à gérer.

2. Transformez vos lecteurs en Ă©diteur

L’afflux de manuscrits étant une possibilité à ne pas exclure, il s’impose de trouver une solution pour les gérer.

L’idée suivante s’accroche à une tendance montante portant le nom de « crowdsourcing » ou enrichissement pas les foules.

L’idée est d’inviter des lecteurs et des auteurs à lire, juger et commenter ses manuscrits.

Les atouts de cette pratique sont évidents :

Les manuscrits sont évalués par ceux qui vont les acheter. Vous découvrez ceux qui retiennent l’attention des lecteurs.
Les talents sont repérés. Vous risquez moins de passer à côté de la perle.
Les auteurs bénéficient d’un retour sur leur travail riche et non complaisant. On évite la langue de bois qui n’apporte rien à l’écrivain.

Cette évaluation doit bien entendu être animée par vos services. On imagine que vos éditeurs maison vont faire évoluer leur travail en devenant des animateurs de communautés littéraires.

Outre animer les échanges en ligne, ils vont solidifier les échanges en proposant des rencontres où les lecteurs défendront des projets éditoriaux.

Si au stade du choix, on retrouve l’enthousiasme pour un ou l’autre écrit, on peut sans aucun doute trouver des moyens de le perpétuer.

3. Vendez vos livres avant de les publier

Après avoir esquissé des solutions pour une nouvelle gestion des manuscrits et un réveil de l’enthousiasme, passant au circuit de production. Vous ne pouvez pas modifier de manière significative les délais, à cause de la grande machinerie, faites un pas de côté et créez des éditions express.

La spécificité des éditions express serait l’impression à la demande. Les lecteurs les commanderaient sur votre site ou dans des librairies en ligne et les recevraient quelques jours plus tard chez eux.

Pour l’éditeur, l’intérêt est de pouvoir tester des livres avant des les imprimer en grand nombre et de les diffuser dans le circuit habituel. Le service ne peut être que gagnant-gagnant en mettant en place des partenariats avec des entreprises telles Lulu.com qui offrent déjà un service de grande qualité.

L’auteur pourrait y retrouver son compte en ayant la possibilité de faire évoluer son livre en fonction des réactions et commentaires des lecteurs.

On peut aussi imaginer que les problèmes de coût étant réduits vous choisissez d’éditer un plus grand nombre de livres.

Le lecteur aura plus de choix et les livres seront plus abordables.

Et pourquoi ne pas, si l’affaire fonctionne, installer un LibroLab où l’on viendrait se faire conseiller des livres numériques et se les faire fabriquer en direct. Vous inaugurez la librairie du futur et montrez que les librairies ne vont pas signer leur acte de décès.

4. Inventez les livres de demain

Livres augmentés de sons, d’images, de commentaires, livres connectés à Internet, livre avec de l’encre qui s’efface, livres-jeux, livres avec des pages qui tournent toutes seules… Dans les cartons des innovateurs du livre, il y a de nombreux projets. S’ils retiennent votre attention, vous estimez que vous n’avez pas les moyens de les développer.

Comme pour le circuit de distribution, faites un deuxième pas de côté et imaginez une nouvelle manière de faire.

Libérez un espace d’une cinquantaine de m2 dans vos locaux.  Installez une quinzaine de postes de travail. Sélectionnez ensuite des auteurs, des designers, des secrétaires de rédaction, des développeurs, des artistes. Invitez-les à venir travailler gratuitement chez vous pendant une durée déterminée. Donnez-leur envie d’échanger en disant que vous financerez des projets innovants.

Attendez et vous allez être vite étonnés. Ce métissage permettra de faire émerger des projets innovants.

5. Partez Ă  la conquĂŞte de nouveaux lecteurs

Vous sentez que les vents de l’innovation commencent à souffler dans votre honorable maison.  Il reste néanmoins un élément, et pas des moindres, qui vous empêche de vous engager totalement dans la voie de l’innovation.  Entre les jeux, les réseaux sociaux, la profusion de vidéos et de musiques disponibles sur le Net, le temps disponible pour la lecture de livres se réduit chaque jour un peu. Même les grands lecteurs d’hier sont accaparés par les sirènes du Net.

Au lieu de vous désoler, partez à la conquête ou reconquête des lecteurs en allant là où ils sont. Ils ne fréquentent plus les librairies, mais ils sont toujours dans les trains ou attendent le métro.  Cette manière de penser a permis l’émergence de quelques idées.  En Espagne, un éditeur propose les premiers chapitres de livres sur les vitres des trains. Le voyageur peut lire gratuitement le premier chapitre sur son smartphone, ensuite s’il veut continuer il achète une version en ligne ou commande le livre. Un éditeur thaïlandais rend l’attente agréable en imprimant des nouvelles sur les tickets d’attente. Si l’attente s’éternise, ils peuvent photographier le ticket et avoir la suite sur leur smarthpnone.

Dans le même esprit, on peut imaginer des partenariats avec des constructeurs automobiles afin d’intégrer des librairies virtuelles pour enfants dans les fauteuils. On aurait alors aux stations-service des libraires-conseils.

Kodak a mis la clef sous la porte. Entreprise leader dans son domaine, elle a été incapable de tirer partie d’une nouvelle technologie. Pour autant Kodak est une des premières entreprises à avoir activement travaillé à la photo numérique. L’entreprise a juste fait l’erreur de vouloir protéger son activité principale de l’époque, la vente de films argentiques. Chers éditeurs, si protéger votre système actuel est légitime, rien ne vous empêche de vous engager à moindre coût dans des voies d’innovation pour éviter que l’histoire se reproduise et vous transforme en grenouille.