LES MÉTIERS DU FUTUR DU NUMÉRIQUE

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Après la fée électricité, la fée numérique révolutionne la société en transformant toutes les activités en 0 et 1. Ce nouvel or noir ayant besoin d’être capté, stocké, traité, il crée une flopée de nouveaux métiers

Avant-hier, la fée électricité a mis un coup de baguette magique. Elle a éclairé nos nuits et a alimenté des machines. Généreuse, notre fée a libéré Madame en lui fournissant des robots, des machines à laver et des aspirateurs. Elle a cru bien faire alors que le grand gagnant était Monsieur qui profitait d’une douce lumière tamisée pour fumer sa pipe et lire son journal.
Quelques années plus tard, la fée numérique est arrivée. Son coup de baguette magique est ambitieux. Il consiste à transformer toutes les activités humaines en 0 et 1. L’opération est insidieuse. Elle commence par la transformation des lettres de l’alphabet. Le a devient 01000001, le b  se lit 01000010. L’alphabet étant numérisé, on peut transformer des phrases. Avec ce langage, le banal « Ça va ? » devient : « 0100001101100001001000000111011001100001001000000011111100001010 »
Si l’échange entre humains avec ce langage n’est pas facile, il permet le stockage et le traitement de ces données. C’est ainsi qu’on voit apparaître les premiers traitements de textes qui nous permettent de mettre en gras nos : « Ca va ? »
Après ce premier épisode, la fée numérique a fait un clin d’œil à un certain Gordon Moore, qui affirme en 1965 que : « Le nombre de transistors par circuit de même taille va doubler, à prix constants, tous les ans. » Il en déduit que la puissance des ordinateurs va croître de manière exponentielle, et ce pour des années. Comme le gaillard est président d’Intel, il s’active pour que sa prévision soit juste.
Les ordinateurs devenant de plus en plus puissant, la fée numérique continue sa mission en transformant les images fixes et animées, les sons en 0 et 1 et. Comme rien ne l’arrête, elle transforme des pressions, des températures, des flux.. Le mouvement est en marche. Au fil du temps, de plus en plus d’éléments de l’activité humaine sont enregistrés et transformés en mode binaire.
Avec ces transformations, la production de données à la seconde étant tellement impressionnant que essaye plus de les comptabiliser. On se contente de nommer cet océan de 0 et 1, les big data

Nouvelle ressource, nouveaux métiers

La fée numérique a bien compris la mécanique ancestrale. On voit donc apparaître un florilège de nouveaux métiers dans la captation, le stockage et les traitements des données.

Côté captation, des renifleurs de données s’activent à enregistrer nos activités personnelles. Datacorpistes, ils fabriquent des bracelets qui enregistrent nos pas, les emballements de nos cœurs, notre temps et qualité de sommeil, notre pression artérielle, les mots que nous échangeons… La technologie évoluant, nos vêtements, lunettes ou smartphones vont enregistrer tous nos tics, soupirs, agacements et nos plaisirs. On aura alors des émotionneurs spécialisés dans ces captations.

D’autres enregistrent les activités de la ville. Voitures dans une rue, personnes assises sur un banc, pollution, bruit, quantité des déchets, SMS envoyés dans un lieu précis… Rien ne dit que demain, on n’aura pas des datacrotteurs qui téléguideront des insectes électroniques pour consigner les crottes de chien. Ils pourront échanger les bonnes pratiques avec les datadronistes qui, à la campagne, utilisent des drones pour visualiser la teneur en azote des champs.

Au rayon stockage, les datastockistes entretiennent des fermes de serveurs ou fabriquent des supports mobiles. Depuis quelques années, on a vu arriver les cloudistes qui enregistrent nos données dans le nuage. Leur poésie consiste à faire un lien en direct entre les informations que nous créons sur nos ordinateurs ou autres dispositifs numériques et les serveurs. Comme ces serveurs produisent de la chaleur, des datachauffistes vont utiliser cette chaleur pour chauffer des immeuble

Les données sont enregistrées, stockées. Il faut maintenant les rapprocher, les mélanger, leur donner du sens. Les grands rois de la cuisine de ces données sont les algorithmeurs. Ils choisissent leurs ingrédients numériques en fonction de l’objectif à atteindre. On a donc des algovendeurs dont le but pourrait être d’utiliser la science pour vendre des glaces à des Esquimaux. Ou les algosporteurs qui donnent les résultats des matchs de foot avant qu’ils se passent. On rêve qu’ils soient supra-performants, car les matchs n’auraient même plus besoin d’avoir lieu ! On continue avec les prédicticiens. Ces émules de Madame Irma mettent par exemple les crimes passés dans leurs casseroles afin de prévoir ceux qui vont arriver.

Ces métiers ont la côte. La masse de données accumulées impressionne. La caution scientifique donne l’impression qu’on peut faire confiance aux nombres donc aux algorithmes. Dans cette logique, on peut s’attendre à ce qu’il y ait demain des algomatcheurs qui nous proposeront l’âme sœur en un clic ou nous diront quand il faut nous séparer ? Ou des algorecruteurs qui iront nous chercher au fin fond de la pampa pour nous proposer un travail en or ou nous enverrons un SMS pour nous dire que l’algorithme montre que nous ne sommes pas assez performants et que donc nous sommes licenciés.

La fée numérique ayant plus d’une astuce dans cette escarcelle magique, elle a induit l’idée d’utiliser ces données pour créer des nouveaux produits. Jeux, robots, lunettes de réalité augmentée, objets connectés… Outre les professionnels pour les fabriquer, ces merveilles du rugissant numérique font émerger de nouveaux professionnels : des objetbilleurs gèrent le bavardage provoqué par les objets connectés. Ces professionnels éviteront que l’on soit harcelé par nos plantes qui réclament à boire ou par la machine à laver qui exige qu’on vienne sur-le-champ la vider. Il serait dommage que les objets parlent, parlent, parlent et que nous, pauvres humains, nous n’ayons plus le dernier mot. Des légisbotants ou spécialiste du droit des robots déterminent si on a le droit ou non de maltraiter nos robots de compagnie. Des lunabulleurs affichent des informations sur nos lunettes de réalité augmentée. Grâce à eux, il suffit de faire un clin d’œil pour savoir si l’éphèbe qui marche dans la rue est libre et si nous faisons vibrer son sensible.

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La fée numérique a tendance à en faire un peu trop en mettant du numérique à toutes les sauces. Résultat, il faudra aussi des numéropathes pour guérir des dommages commis par un abus de numérique, des dépollinfoteurs pour supprimer les informations virtuelles qui nous polluent l’esprit. On aura sans doute aussi besoin de néoalgorisateurs qui nous feront prendre conscience qu’un monde dirigé par des algorithmes court à sa perte. Sous des aspects de neutralité, ils répondent principalement aux logiques économiques, de leurs concepteurs et nous enferment dans ce que l’on aime déjà.

Ce conte de fées des métiers du numérique ne va pas s’arrêter là. La fée numérique va continuer à jongler avec les 0 et 1 pour proposer de nouveaux services. Ses derniers bébés sont les artificielleurs ou spécialistes de l’intelligence artificielle. Ces as conçoivent des dispositifs apprenants, c’est à dire qui évoluent en fonction des données intégrées. Si on compte beaucoup sur eux pour la révolution numérique, ils peuvent aussi nous décevoir en montrant que l’intelligence artificielle a autant de grandeur que les fleurs artificielles, en étant de la connaissance sans sagesse, poésie et sensibilité.

Ils vont nous surprendre ou nous décevoir en montrant que l’intelligence artificielle a autant de grandeur que les fleurs artificielles, en étant de la connaissance sans sagesse, poésie et sensibilité.

MÉTIERS DU FUTUR DE LA SANTÉ

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Dans le domaine de la santé, comme au demeurant dans tous les domaines, la digitalisation ou transformation des activités en 0 et 1 est en train de bouleverser les pratiques. On peut donc sans se tromper affirmer que dans un avenir proche, on aura besoin de datadocs. Ayant une formation médicale et d’ingénieur, ces blouses blanches connectées utiliseront les paramètres de leurs patients pour effectuer un diagnostic. Lors de leur interrogatoire, ils disposeront de données aussi diverses que la tension artérielle, le taux de glycémie, la température corporelle, la qualité de sommeil ou le nombre de pas effectués. Leur temps d’observation ne se limitera plus au 15 minutes de consultation, mais aux jours, voire aux semaines précédentes.

Ils travailleront en étroite collaboration avec des numérantins. Ces laborantins du numérique vérifieront la fiabilité des capteurs de données individuelles insérés dans des bracelets, tatouages, vêtements ou autres… Ils concevront non pas des mélanges médicamenteux, mais des applications adaptées aux diverses pathologies. Comme aujourd’hui de nombreux chercheurs travaillent à la détection précoce du cancer par des analyses de sang ou d’urines, on peut imaginer que demain les numérantins proposent des kits CAPAPP (capteurs et applications) aux personnes à risques.

Les émotions pouvant aussi être captées, enregistrées et numérisées, on peut envisager que des psys élaborent des traitements adaptés aux sautes d’humeur. Grâce à ces émotionneurs, on passerait de la distribution massive d’antidépresseurs et anxiolytiques à la gestion fine des dysfonctionnements émotifs.

Ces enregistrements de données individuelles vont constituer de gigantesques bases de données. Des algodocs  sélectionneront celles à intégrer dans leurs algorithmes pour faire avancer la recherche sur une maladie.

Si la santé va profiter de ces apports du numérique, ils vont aussi créer de nouvelles pathologies. Nous aurons sans doute besoin de numéropathes pour traiter les dommages commis par abus de numérique. Ils soigneront le binarisme ou la déformation qui consiste à avoir un fonctionnement binaire (ouvert/fermé, blanc/noir, ouvert/fermé) et empêche tous raisonnements aussi complexes qu’intelligents. Ils traiteront aussi la zombiquitude. Cet autisme technologiste consiste à communiquer en permanence, par écrans interposés, avec des êtres absents physiquement et d’être dans l’impossibilité d’échanger avec les individus présents.

Internet ayant favorisé tant le partage des savoirs que la convergence des disciplines, les nouvelles pistes thérapeutiques sont nombreuses. Elles passent par des implants, des imprimantes 3D, des nanomédicaments, des thérapies géniques… Dans ce contexte, les implanticiens auront du travail avec la mise en place et la surveillance des implants permettant de soigner des maladies et réparer ou remplacer un organe ou une fonction endommagée. Les implanticiens devront sans doute gérer les demandes d’augmentation des capacités. Des hommes et des femmes voudront télécharger des compétences, améliorer leur mémoire et leur concentration, démultiplier leur force physique… Comme la bêtise humaine n’a pas de limite, on peut imaginer que des mannequins de pacotille demandent aux implanticiens de les amputer des deux jambes pour leur greffer des paires artificielles d’Adriana Karembeu !

Question éthique, les génothiciens ou éthiciens du génome auront aussi fort à faire vu que des chercheurs chinois commencent à modifier le génome d’embryons humains. Si ces bricolages sont effectués aujourd’hui sur des embryons non viables, rien n’interdit de penser que demain cela ne soit pas le cas. Les génothiciens devront aussi intervenir lors de dérives marchandes liées au décryptage du génome. Par exemple, si les assurances pénalisent ceux qui ont un génome présentant de risques de cancer ou autres maladies.

Comme la perfection n’est pas de ce monde, on aura sans doute des détoxeurs qui soigneront les dégâts provoqués par la présence de métal et d’objets connectés dans le corps. Courts-circuits, piratages, infections, interférences avec les ondes… Comme nous en sommes au balbutiement de ce métalisme, on espère juste que les détoxeurs préviendront tous ces dysfonctionnements pour ne pas avoir à les guérir.

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Le cauchemar de la recherche d’organes pour transplantation pourrait bientôt n’être qu’un mauvais souvenir. De nombreuses recherches laissent espérer que demain on imprimera des organes compatibles, car créés à partir des cellules souches des patients. Il faudra donc des corcepteurs ou techniciens médicaux pour concevoir ces organes.

Des gourous annoncent que l’homme qui va vivre 1000 ans est déjà né. Si cette prophétie médiatique fait sourire, de nombreux chercheurs étudient le processus de vieillissement. Ils cherchent des moyens pour le ralentir, voire le supprimer. Dans cette logique, rien n’interdit de penser qu’on prendra demain rendez-vous chez l’immortaliseur.

Si leurs traitements sont performants, cela va contribuer à accentuer le vieillissement de la population. Selon l’Insee, en 2050, un habitant sur trois serait âgé de 60 ans ou plus, contre un sur cinq en 2005. On aura alors un grand besoin de spécialistes du bien-être du 3e âge. Des psygérontechnologues aideront les anciens à accepter et utiliser les technologies. Des jeuronthiciens concevront des dispositifs ludiques pour maintenir les capacités des anciens. Des companoboteurs personnaliseront les robots d’accompagnement et aideront leur propriétaire à les utiliser.

Dans cette ambiance du toujours plus longtemps, l’éternité ne plaira pas ou ne sera pas accessible à tout le monde. On aura alors besoin d’euthanaloges pour gérer les demandes d’euthanasies.

Si ce tour de piste des possibles métiers de demain de la santé peut paraître ludique et surréaliste, il est important de le critiquer, l’enrichir, le compléter et le faire évoluer. Ces extrapolations permettront de réfléchir à des dispositifs de formation et d’évolutions professionnelles adaptées aux transformations technologiques et sociétales.

Les métiers de demain de la maîtrise d’ouvrage

Metiers de demain

Demain aux USH, on sera innoveilleur, glamouriste, animateur de réseaux, prospecteur financiers…Bordeaux, Nantes, Marseille, Paris…

Les professionnels de la maîtrise d’ouvrage se sont projetés en 2030 pour réfléchir à l’évolution de leurs métiers.

Un futur décoiffant ça vous propulse !

Futur décoiffant

Les participants ébouriffés ont apporté un coup de propulseur au lancement des éditions Propulseurs lundi 17 novembre à Paris

Les Propulseurs ont lancé  la collection de livres qui décoiffent vraiment le futur !

Une soirée décoiffante pendant laquelle les participants ont joué à imaginé le futur de la santé, de la ville, et des guides du futur.

Présentation de la collection des guides du futur sur le site des Éditions Propulseurs.

 

 

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Le Dico des métiers de demain

65 % des écoliers d’aujourd’hui pratiqueront, une fois diplômés, des métiers qui n’ont même pas encore été inventés, estime le Département d’État américain du travail.

Cette prévision oblige mettre au clou les vieilles méthodes de gestion prévisionnelle de l’emploi pour adopter des pratiques prospectives créatives.

Avec la crise, le monde de l’emploi fait grise mine :

  • La liste des chômeurs s’allonge. Les routes de la précarité sont de plus en plus encombrées.
  •  Démotivation, manque d’engagement et de fidélité, suicides, stress… Le moral des salariés des entreprises est maussade.
  • Ces nuages empêchent les jeunes de réfléchir sereinement à leur devenir professionnel. Ils paralysent les entreprises qui réfléchissent leurs métiers en fonction de paradigmes de plus en plus obsolètes.

Pour nettoyer cette écurie d’Augias et colorier nos cieux avec des tonalités plus souriantes, il est urgent d’inventer un futur plus désirable, souriant et mobilisateur d’énergies créatrices. Si tout le monde est d’accord sur ce point, la question est de savoir comment faire.

LA MISE AU CLOU DES MÉTHODES PÉRIMÉES

Hier, dans un monde fermé, envisager les métiers de demain était une affaire de géomètre. Il suffisait de tirer les traits et de poursuivre l’existant. Aujourd’hui, dans un monde ouvert où les interconnexions se traduisent par des changements permanents et  des imprévisibles, ces méthodes s’avèrent totalement inefficaces. Il faut donc changer de paradigme pour réfléchir aux métiers de demain.

LE FUTUR DE L’EMPLOI, UN TABLEAU POINTILLISTE

Le futur se dessine dans les laboratoires, au travers d’innovations et d’expérimentations. Tous ces éléments sont autant de touches colorées qui vont composer le tableau de demain. Si l’image est incertaine, on voit apparaître des possibles.

Le DICO est parti de ce constat pour construire un DICO DES MÉTIERS DE DEMAIN. Le principe adopté est de s’appuyer sur les innovations, recherches, expérimentations pour imaginer des métiers.

DE LA POÉSIE DANS UN MONDE D’ACRONYMES

dicometiersreliefCorpcepteur, mayoNeteur, ageekculteur, potoraideur, espaceur… Le DICO DES MÉTIERS DE DEMAIN présente 80 métiers en trois rubriques. C’est déjà demain : les innovations et les recherches, Descriptif du métier : les missions et les tâches. Prospective du métier : une réflexion sur la probabilité d’existence de ce métier.

Les nouveaux métiers sont nommés avec des néologismes plus ou moins exotiques. Quand on nomme une chose ou un concept, il commence à exister. C’est donc une manière d’inventer le futur. En prime, on met une once de poésie donc une part de rêve dans un monde envahi par les acronymes.

Lettre ouverte aux éditeurs : Sortez de vos casseroles et innovez ! [1/2]

Mesdames et Messieurs les éditeurs, innover ou mourir, vous n’avez plus le choix. Si vous persistez dans votre immobilisme, à l’instar des grenouilles, vous allez être très prochainement victimes des bouillonnements du numérique.

Cette lettre est en noir et en innovations : en noir (assez noir) avec cinq justificatifs de votre mort annoncée ; en innovations (plus ou moins colorées) avec cinq pistes pour vous donner envie d’y croire.

Le 13 février, Libération racontait l’histoire de Tibault Baka un jeune homme qui s’est passé des maisons d’éditons pour publier et gagner sa vie avec un roman sur fond de banlieue. Dans peu de temps, ces aventures deviendront la norme si, vous, les maisons d’édition, vous continuez à vous comporter comme de vulgaires batraciens.

Plonger une grenouille dans une casserole d’eau bouillante, l’animal aura une réaction réflexe pour tenter de sortir de cet enfer. En revanche, mettez-la dans l’eau froide et faites chauffer la casserole, elle ne réagira pas et finira par périr.

Chers éditeurs, malgré tout le respect que nous vous devons pour avoir contribué à la construction de notre patrimoine culturel, nous sommes de plus en plus nombreux à avoir l’impression que vous nagez dans les mêmes mares que les grenouilles. Les signaux indiquant le réchauffement climatique dans votre secteur se multiplient et vous ne réagissez pas.

Cinq ont particulièrement retenu notre attention :

1. Le mépris des auteurs

Ou comment repousser les talents.

Depuis quelques lustres, vous avez réussi l’incroyable prouesse de faire croire aux auteurs que vous leur faites une fleur lorsque vous publiez leur livre. Pour entériner ce stratagème qui vise à diminuer leur niveau d’exigence, vous êtes d’une redoutable habileté. La preuve, peu le décèlent et vous renvoient dans vos buts en remettant les choses à leur place. Oui, soyons clairs, ce sont les auteurs qui vous font un cadeau en vous permettant de remplir votre tiroir-caisse et non l’inverse.

Pour que les auteurs croient à votre bluette, vous ne lésinez pas sur les moyens. Vous avez été jusqu’à institutionnaliser une logique de mépris.

Elle apparaît dès les premiers temps de la relation en les obligeant à financer l’envoi de leurs manuscrits. D’autres raisons justifient-elles que, dans un bel élan corporatiste, vous refusez de recevoir les textes par mail ?

Dans un deuxième temps, vous signifiez votre refus en envoyant à l’auteur une lettre standard dénuée d’humanité et d’intelligence. (NB : les cas où vous avez retenu un manuscrit envoyé par la poste étant si rares, qu’on peut considérer que ce sont des exceptions qui confirment la règle). Cette missive les atteindra en plein ego. Nombreux auteurs en seront affectés. Cerise sur le gâteau du mépris, certains d’entre vous demandent aux auteurs de payer pour récupérer leur travail !

Si manquer de considération à l’égard de ceux qui sont votre source de profit est un comportement étrange, vous ne vous arrêtez pas en si bon chemin. Vous avez ensuite une politique de rémunération on ne peut plus discutable, car non basée sur le temps ou la qualité de travail, mais sur une supposée notoriété. Cette pratique empêche les auteurs de se professionnaliser. Même les plus talentueux, ceux qui demain pourront faire votre succès ne vous donneront pas le meilleur d’eux-mêmes, car ils devront gagner leur vie ailleurs.

Comme toutes les mythologies, celle du passage obligé par les éditeurs traditionnels, va prendre fin. Si aujourd’hui, vous recevez encore de nombreux manuscrits, attendez-vous à ce que cela change. Les auteurs ne vont pas tarder à comprendre que, avec les éditeurs et librairies en ligne et les réseaux sociaux, ils peuvent se passer de vous. Ils y gagneront même tant en notoriété que financièrement. Vous deviendrez alors des éditeurs sans auteurs. Rassurez-vous, vous pourrez avoir recours aux machines à créer des textes qui auront l’ultime avantage de ne pas s’offusquer quand elle recevra une lettre stéréotypée de lecture de texte !

2. La dégradation de votre fonds de commerce

Quand des barils de livres lessivent votre crédibilité.

Vous vous inquiétez. Vos caisses étant moins pleines, votre embarcation est moins solide. On pourrait imaginer que vous allez partir à la chasse de jeunes marins de l’écriture pour la remettre à flot. Avec leur dynamisme et leur fraîcheur, ils vont vous aider à colmater les brèches. Non, là encore, vous faites le choix étonnant d’éloigner les nouveaux talents comme en témoigne les chiffres : depuis 2006, le nombre de premiers romans publiés ne cesse de diminuer. En sept années, la chute est de plus de 40 % !

Calculette à la main, vous avez déterminé qu’un premier roman se vend en moyenne 700 exemplaires, donc en dessous de votre seuil de rentabilité. Craignant de perdre quelques cacahuètes supplémentaires, vous refusez donc de plus en plus de prendre le risque du succès.

Au lieu de cela, vous vous cantonnez dans l’édition qu’on pourrait appeler le livre-baril en analogie avec le baril de lessive.

Le livre-baril est une valeur commerciale sûre : lorsque vous l’éditez, vous avez la garantie que vous n’allez pas perdre d’argent. En prime, vous pouvez tant espérer en gagner un peu que rêver au jackpot.

Pour créer le livre-baril, vous sortez les recettes éculées de l’édition et en particulier celle de la biographie de la vedette. Deux cents pages de propos insipides et vides d’une célébrité font désormais vibrer l’âme du marketeux que vous êtes devenu. Vous vous tournez vers l’étranger et importez de la camelote à succès. En résumé, qu’importe la qualité littéraire d’un livre-baril, votre calculette est désormais aux manettes.

Et l’éditeur que vous prétendez encore être ne se fait pas de souci. Dans vos services, vous avez quelques génies du maquillage littéraire. Ils (et plus souvent elles) travailleront souvent des heures durant pour que le produit fasse bonne figure.

Mais vos rafistolages ont du plus en plus de mal à convaincre. Allez sur les blogs des aficionados des livres, traînez vos guêtres dans les bonnes librairies, vous constaterez que ces livres écrits avec des moufles et un cerveau congelé et édités par des grandes maisons d’édition commencent à en agacer plus d’un. Même s’il n’y a pas de précédent en matière de boycott d’une maison d’édition, cela risque d’arriver si la qualité de vos ouvrages continue à diminuer.

3. Un produit congelé

L’accouchement laborieux de livres mort-nés

Dans un monde où tout va public, où les frontières s’estompent, les temps se raccourcissent, le circuit de fabrication d’un livre est de plus en plus long et besogneux.

Quand un manuscrit entre dans votre tuyauterie, il passe de service en service pour être validé, revalidé avant d’être imprimé et diffusé. Là, il faudra trouver une fenêtre de tir en dehors des prix littéraires, des coffrets de Noël, des romans de plage… Résultat, il faudra souvent attendre plus d’un an avant qu’un livre arrive sur les étalages des librairies.

Ces délais en font un produit froid, voire pire mort-né. Les auteurs ayant pris de la distance par rapport à leur production, ils en parlent de manière déshumanisée, voire glaciale. Ils n’ont plus l’enthousiasme nécessaire pour donner envie d’investir dans la lecture. Cette morosité commerciale ambiante fait que le livre passe vite aux oubliettes. Les lecteurs n’ont pas le temps de le découvrir qu’il est déjà mis au pilon.

Cette inertie va-t-elle aussi finir par lasser des auteurs. Au lieu d’attendre, d’espérer, ils opteront pour une solution alternative type Lulu (www.lulu.com) qui permettra à leur livre d’être en moins d’une semaine, présent sur Amazon. En prime, des révisions pouvant être effectuées, cette alternative leur permettra de faire évoluer leur travail en fonction des commentaires des lecteurs.

4. Un circuit figé

Ou l’art d’exclure toutes formes d’innovation 

Les Propulseurs ont proposé un projet autour d’un sujet d’actualité : le cancer. Une célèbre maison d’édition a été emballée par le roman. Souci, le projet n’était pas d’éditer un roman sur le sujet, mais d’utiliser la fiction pour recueillir des réflexions des acteurs de la maladie. L’idée était de créer un livre augmenté des réflexions des personnes concernées. L’éditrice ennuyée a mâchonné son crayon avant de dire : « Je regrette. Je comprends l’intérêt du projet, mais nous ne pouvons pas l’éditer. Les représentants ne sauront pas s’ils doivent mettre le livre au rayon roman ou dans les documents société ».

Cette anecdote symbolise votre manière d’imaginer la diffusion d’un produit. Vous ne pensez qu’en fonction de l’existant et en particulier de la manière de fonctionner de vos représentants. S’ils ne peuvent pas vendre un livre à chef de rayon d’une librairie, vous ne pouvez pas l’éditer. Un principe qui exclut tous les livres hybrides, métissés, innovants. Un auteur génial qui imaginerait un roman une entrée pour enfants et une autre pour adulte serait renvoyé dans ses buts.

Avec le débarquement des librairies en ligne et les difficultés des grandes librairies, la manière d’acheter des livres évolue. Bizarrement, cela n’a aucune incidence dans votre manière de penser. À ce train, on est en droit de se demander, si demain, vous ne continuerez à penser vos choix éditoriaux en fonction de représentants qui n’existeront plus.

5. La défiance à l’égard de la technologie

Ou l’art de résister aux changements

Toutes évolutions génèrent des résistances. Il a par exemple fallu 35 ans avant que l’imprimerie arrive en France. Sans doute par respect pour vos ancêtres, vous considérez la technologie comme un tueur en série. Elle tue le livre et dans l’élan les éditeurs que vous voulez continuer à être. Même si vous accordez à la numérisation quelques bienfaits comme celle de limiter les déforestations massives et permettre d’alléger les sacs, rien pour vous ne remplacera l’odeur du livre et le bruit de la page qu’on tourne.

A chacun ses nostalgies et ses erreurs d’appréciation, mais les vôtres ne sont pas sans conséquence. Vous faites le passage à la numérisation avec des sabots de plomb. Vu votre défiance envers la technologie, vous avez engagé des techniciens médiocres, voire vraiment incompétents qui confortent vos préjugés en vous faisant croire que la création de livres numériques est longue, fastidieuse, onéreuse.

En fonction de ces données délirantes, vous ressortez votre règle à calcul et annoncez qu’un livre numérique sera vendu quasi au même prix que la version traditionnelle. Ensuite, vous avez l’outrecuidance de déplorer les ventes confidentielles des livres numériques. Si l’on vous précise que toutes les études s’accordent sur le fait que les lecteurs sont prêts à payer 7 euros pour une version numérique et non le double, vous soupirez et ressortez la contrainte du prix unique du livre.

Question technologie, vous vous arrêtez là. Vous laissez les nouveaux venus expérimenter le livre augmenté de commentaires, d’images ou de sons, les dispositifs d’annotations ou de liens avec les réseaux sociaux…

Vous pensez qu’à un moment, s’il le faut vraiment, vous y viendrez. Sauf que le train roulera à une telle allure que vous ne pourrez pas monter de dedans.

Partie 2… De la critique à la recherche d’innovations